Consigne : Vous êtes sur un banc. Quelqu’un arrive, c’est vous.

Alors que je suis assise sur un banc au parc de Mouscron, une dame de mon âge arrive et me demande si la place à côté de moi est libre et si elle peut s’y installer. Évidemment j’accepte, le banc ne m’appartient pas. À sa place j’aurais également demandé poliment sans m’imposer. En arrivant sa démarche m’avait interpellée. Elle se déplace avec une canne et semble avoir des difficultés d’équilibre comme moi. Quelques minutes se sont écoulées et elle consulte son téléphone mais ne parle pas. Je fais de même pour m’assurer qu’il soit en mode silencieux, et ne pas la déranger s’il venait à sonner. D’ailleurs, je me lèverais et prendrais mes distances pour ne pas l’importuner, si quelqu’un me téléphonait alors que nous sommes assises côte à côte. Elle est installée à ma gauche et j’entends comme un très léger bruit de dents qui mâchent. Sans doute mange-t-elle un chewing gum. C’est d’ailleurs ce que doivent penser les gens en me regardant lorsque je suis assise à ne rien faire. Sauf que moi c’est mon absence de sensibilité du côté droit, qui déclenche mécaniquement un mouvement de mâchoire et mes dents du haut et du bas, qui se serrent à droite toutes les 20-30 secondes.
L’hiver arrive et elle n’est pas très couverte. Les autres personnes qui se promènent dans le parc portent déjà une écharpe, un bonnet et des gants. Aujourd’hui, en sortant, j’ai pensé à me couvrir, car j’ai aperçu de la neige sur les voitures en regardant par la fenêtre. Sans cet indice, j’aurais pu aussi sortir trop peu couverte, car je ne ressens plus le chaud et le froid depuis mon accident. Donc, comme elle je ne m’en plaindrais pas non plus. Et son sourire a l’air sincère, donc elle ne doit pas avoir froid. Assez de temps que je suis là, je me suis suffisamment reposée. Je peux repartir. Je salue cette dame qui pourrait être mon double, et lui dis de prendre soin d’elle.
