Résilience en pages

C’est moi Mélanie, j’ai 50 ans en 2025 et je suis rescapée d’un terrible accident de la circulation causant entre autres un traumatisme crânien grave, survenu le 3 janvier 2019.

Mon histoire je la connais seulement par ouï-dire, car ma mémoire visuelle a été effacée par mes lésions cérébrales. Je m’en suis sortie grâce à ma famille et mes thérapeutes.

J’ai pris conscience qu’il y a pire sur terre avec le réchauffement climatique et j’essaie d’agir pour notre futur.

Consigne : A vous de raconter vos « fées», celles que vous avez déjà rencontrées ou celles que vous cherchez encore.
Contrainte d’écriture: s’approprier la définition d’un thème pour l’explorer 
Dans son avant-propos, Sylvain Tesson explicite le titre de son dernier roman « Avec les fées » : Le mot fée signifie autre chose. C’est une qualité du réel révélée par une disposition du regard. Il y a une façon d’attraper le monde et d’y déceler le miracle. Le reflet revenu du soleil sur la mer, le froissement du vent dans les feuilles d’un hêtre, le sang sur la neige et la rosée perlant sur une fourrure de bête: là sont les fées. On regarde le monde avec déférence. Elles apparaissent. Soudain, un signal. La beauté d’une forme éclate. Je donne le nom de fée à ce jaillissement. Bien entendu, si l’on se trouve au bord d’une falaise de l’Ouest, là où le soleil descend sur l’océan douloureusement vaste et protégé par sa beauté. 
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Les fées sont les murmures, que prononce ma respiration, lorsque je marche en regardant loin devant. Depuis que je peux remarcher, sans avoir à donner la main à quelqu’un pour tenir l’équilibre, au cours de mes trajets je dois penser à inspirer l’air et souffler pour ne pas faire le déplacement en apnée. Sur les chemins parcourus, je me concentre sur mon pied droit, lorsqu’il pose sur le sol et dès que mon pied gauche prend le relais, je veille à souffler pour être sûre d’avoir avalé de l’air pour oxygéner mes membres et mon cerveau. Entendre l’air sortir de ma bouche, c’est réaliser que les fées apparaissent à chaque instant du parcours. J’entends mes pas se succéder sur les petits cailloux présents sur le chemin de terre, j’entends également ceux des personnes qui m’accompagnent, et j’entends les fées me murmurer que je vis, car elles entendent que je respire. Les fées me suivent partout. Elles parcourent comme moi 25-30 kilomètres par jour, sans jamais se plaindre. Je leur impose cette distance de plus de 100 kilomètres en 6 jours une fois par an lorsque je pars en voyage à Compostelle. Au cours de l’année j’essaie de faire 8000 à 10000 pas par jour, et elles me suivent tout le temps. Je ne les ai pas encore prévenues qu’elles vont devoir me suivre à travers l’Afrique, de Le Cap à Tunis, quand je partirai me lancer dans une aventure de 20,000 kilomètres à pieds. Les fées devront avancer comme moi, sans se poser de questions. Marcher en respirant, un voyage de réappropriation de mon corps, et les murmures des fées pendant au moins 3 ans et demi de marche vont permettre plus de 50% de mon effort. Loin d’envisager un tel voyage seule, car autre chose m’accompagnera, j’aperçois déjà les fées sur la ligne à suivre, quand je visualise la carte de l’Afrique. Sylvain Tesson le prouve dans ses déplacements à pieds avant et après son traumatisme crânien, dans ses écrits et dans le film Sur les chemins noirs, qui a été inspiré de son œuvre. Il y a une façon d’attraper le monde et d’y déceler le miracle.