Consigne : Transcrivez l’étape psychologique après un coup de foudre amoureux.

Il y a 32 ans, je me rendais comme chaque semaine chez mon cousin pour retrouver les amis du quartier et passer un après-midi agréable. J’étais souvent la seule fille parmi le groupe d’amis constitué des enfants du quartier de ma grand-mère où on était tous âgés de 17 à 20 ans. Ce jour-là, il y avait une fête d’anniversaire et évidemment, à 18 ans dans ces années-là, on ne manque pas d’organiser une boum. Donc, un après-midi entre amis, se prolonger en soirée. On pousse la table de la salle à manger contre les murs pour faire de la place pour danser. Un peu de rock, puis vient le tempo « danse lente ». Et surprise, l’un des garçons que je connais très bien m’invite pour le slow. Chaque jour, on se côtoie comme des amis, on se fait la bise pour se dire bonjour, on s’échange des mots et on se marre, et vient le soir. On se dit bye bye et à la prochaine. Mais ce jour-là, la danse conduit à l’enlacement de nos corps et le simple fait qu’il pose ses mains sur ma taille a déclenché en nous, simultanément, le coup de foudre. J’ai ressenti des palpitations dans le corps et de la chaleur qui m’a traversé le dos, puis le cœur et le front. Je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. Face à cet homme qui n’était absolument pas un inconnu, à la fin du slow, j’étais totalement perturbée. En règle générale, j’aurais enchaîné une autre danse, mais cette fois-ci, j’étais tellement désemparée que je suis allée m’asseoir pour réfléchir. Différentes émotions me sont passées en tête, l’angoisse, car j’ai pensé que cette émotion était complètement absurde et que jamais je n’oserais le raconter à quelqu’un de peur qu’on se moque de moi. Le dégoût, car un copain avec qui on se marre de blagues de jeunes ne peut pas devenir quelqu’un qu’on aime. Le rire, car m’imaginer unie avec lui au milieu des autres copains déclencherait évidemment un fou rire de toute la troupe. La tristesse, car si j’ai ressenti un frisson dans la poitrine, c’est forcément qu’il y a un coup de foudre, mais je pense à refouler ce désir et donc à perdre l’amour. Alors je me suis levée pour aller prendre l’air et faire retomber cet état de panique. L’air du nord en mars est plutôt frais et la rougeur qui a été déclenchée sur mon visage a pu être rafraîchie et s’estomper. Un coup de foudre touche différemment l’ensemble du corps, on ne peut plus tenir debout car les jambes flageolent, on a l’impression qu’un lasso nous fouette le dos et la poitrine. Comme une théière, la tête se met à bouillir et des lettres se brouillent dans le cerveau sans qu’on puisse comprendre quels mots elles construisent. L’après coup de foudre doit donc être de recevoir un saut d’eau ou de se rafraîchir les idées en prenant l’air. Voilà mon chemin il y a 32 ans.
