Consigne : Racontez la vie de…une journée dans la vie de cette chaussure.

Ce matin, mon propriétaire se lève du lit et ne vient pas me ramasser dans l’entrée de la chambre d’hôtel. Il prend la paire de chaussons à la place et les enfile avant de passer à la salle de bain. J’entends l’eau de la douche couler, puis quelques minutes plus tard, la brosse à dents qui crie “Aïe, aïe, aïe”, car elle est frottée sur les dents du propriétaire au moins pendant 30 allers-retours. Puis, j’entends la porte s’entrouvrir et je crains avoir à être déjà de corvée. Ah non, encore quelques minutes de répit. Le propriétaire n’est pas encore habillé. Hier j’ai entendu le groupe, qui accompagne mon propriétaire, qu’ils allaient marcher pendant 6 jours du Puy-en-Velay à Nasbinals. En effet, on est le 1er avril, mais non, ce n’est pas un poisson d’avril. Je vais servir à porter mon maître pendant environ 106 km. J’espère qu’elle a prévu de faire un petit régime avant d’arriver ici, pour ne pas être trop lourde. Et j’espère qu’il ne va pas pleuvoir, car l’année dernière, le groupe s’est arrangé pour marcher sur une planche pour éviter une grande flaque d’eau. Et mon propriétaire n’a rien trouvé de plus efficace, que de marcher à côté de la planche en plongeant spontanément mes chaussures dans les inondations. En plus d’être une esclave de chemin pédestre, je dois supporter les décisions absurdes d’une handicapée! Ils auraient pu me prévenir à Decathlon. Je serais allée me cacher dans un autre rayon. Assez de raconter mes aventures passées. Voilà mon propriétaire de retour du petit-déjeuner et le défi de parcourir plus de 20 km aujourd’hui est bien prévu au programme. Ça va, les chaussettes sont propres et sentent bon la lessive. Au moins, une bonne nouvelle de début de journée. C’est parti ! En direction de la vallée de l’Allier, la matinée est fraîche. J’espère que je ne vais pas me prendre une saucée, car j’entends d’autres marcheurs dire qu’ils ont regardé la météo hier soir et qu’il y avait des risques d’averses. Mon propriétaire ne parle pas pendant qu’elle me fait avancer, car elle doit penser à respirer pour ne pas marcher en apnée. Heureusement que ses bâtons retiennent son déséquilibre et qu’elle vise bien le sol pour les planter. Il ne manquerait plus qu’elle les plante dans mon habitacle et qu’elle nous fasse tous tomber. Elle semble concentrée, donc pas de panique. Je suis rassurée. Il y a peu de chances qu’elle s’effondre sur moi. Je sais que dans quelques jours, on va être soumis à un dénivelé positif important. J’espère qu’elle va lever correctement le pied droit et ne va pas le traîner sur les cailloux, car je vais en prendre plein la tête. Mais croisons les lacets, elle a 3-4 jours pour s’entraîner et prendre le rythme des autres marcheurs. C’est moi qui vais pouvoir souffler pendant leur pause déjeuner. L’esclave de la marche a droit aussi à son petit break, après 4 heures de dur labeur. Depuis 30 minutes, je suis en position horizontale, car elle est assise pour manger son sandwich. A l’arrêt, je peux observer le magnifique paysage. Mais voilà qu’elle a terminé de manger et s’allonge sur l’herbe. Je suis propulsée à la verticale et ne vois plus que le ciel. Des nuages commencent à se rassembler et bougent de plus en plus vite. C’est sans doute le vent qui se lève. J’entends à nouveau les autres marcheurs se mettre à discuter. Il semblerait que c’est l’heure de repartir en marche. En effet, quelqu’un dit à mon propriétaire “Allez Go!” “Marche avant !“

C’est sans doute Alexandre Poussin, car c’est le titre d’un de ses livres. La fin de journée s’annonce sous le vent et il va falloir que je veille à ce que le terrain sur lequel ma propriétaire pose les pieds est bien plat pour qu’elle tienne droite, malgré la force du vent, qui la déséquilibre. Nous voilà arrivés à l’étape du jour. Quelle journée intense ! Mais je ne suis pas trempée, ni plein de boue et les chaussettes qui ont passé la journée à l’intérieur de mon habitacle ne sentent pas mauvais! Je suis en vie et en bonne santé. Cette première journée s’est plutôt bien passée.
