Résilience en pages

C’est moi Mélanie, j’ai 50 ans en 2025 et je suis rescapée d’un terrible accident de la circulation causant entre autres un traumatisme crânien grave, survenu le 3 janvier 2019.

Mon histoire je la connais seulement par ouï-dire, car ma mémoire visuelle a été effacée par mes lésions cérébrales. Je m’en suis sortie grâce à ma famille et mes thérapeutes.

J’ai pris conscience qu’il y a pire sur terre avec le réchauffement climatique et j’essaie d’agir pour notre futur.

Consigne:
Racontez la vie de…
Racontez une journée dans la vie d’un stylo.

Stylo d’antan

Je suis madame Stylo et la vie de mes congénères aujourd’hui est beaucoup moins fatigante que dans le passé. Les stylos d’antan passaient trois quarts de leur temps à travailler, en passant de mains en mains, de l’aurore jusqu’à la nuit tombée. S’ils étaient à disposition d’une famille, les plus matinaux les mettaient au travail rapidement, en les attrapant du bout de leurs doigts pour les déplacer sur une feuille et noter leur projet du jour, pour informer le reste de la famille encore au lit, ou encore rédiger la liste des courses à prévoir, quand ils iront au supermarché, ou signer le chèque pour payer une charge, dont la date limite est proche.

Une fois partis travailler, les enfants levés, il y en avait toujours un qui n’avait pas terminé ses devoirs la veille et empruntait le stylo retrouvé posé sur la table, pour terminer ses calculs ou encore ses conjugaisons. Le stylo était alors brièvement reposé pendant que les enfants se brossaient les dents, et ni une ni deux, ils couraient jusqu’à l’arrêt de bus pour faire le trajet jusqu’à l’école. Et bien entendu, le stylo avait été glissé dans la trousse d’école pour être utilisé dès 8h30 jusqu’à la pause déjeuner de 11h30 et ensuite être remis à exécution après la cantine, de 13h30 à 16h30.

La vie d’un stylo à l’époque n’est pas monotone, il gratte en permanence pour laisser des mots et des chiffres sur la feuille, mais il n’a pas son mot à dire, c’est une vie d’esclave.
Donc, je me suis présentée en début de récit, comme étant « Madame Stylo », mais il ne me semble pas qu’on s’adresse à une esclave en l’appelant « Madame », mais plutôt simplement par le prénom unique, que portent tous mes pairs : « Stylo ».

Une fois la journée en classe terminée, j’étais redisposée dans le cartable, pour un retour au bercail. Évidemment, l’instituteur avait encore donné des devoirs à faire, à l’un de mes propriétaires et une fois rentré et le goûter pris, on me remettait à nouveau à frotter mon bec sur un cahier, pour que j’en sorte de l’encre qui traçait des lettres, qui se succédaient, pour raconter une histoire.


Lorsque j’avais terminé les devoirs d’un des enfants de la famille, il rejoignait ses copains dans le quartier pour aller taper dans la balle. Ouf ! Je pensais alors que ma journée était terminée, mais quelle pensée stupide ! La mère de famille avait un moment de libre, avant de préparer le repas du soir, et voilà qu’elle m’empoignait pour me faire griffonner des lettres en cases, dans son cahier de mots fléchés.
Avec les enfants, ma tête est régulièrement secouée pour faire des ratures, mais ne croyez pas que l’adulte est plus sain. Lorsqu’il croit se détendre en faisant des mots fléchés, à chaque fois qu’il se trompe, il me repose sur la lettre erronée en appuyant bien plus fort, pour remplacer l’encre initialement déposée, pour dessiner une autre lettre.

Aujourd’hui, les stylos que je côtoie passent la majeure partie de leur journée tranquillement disposés sur un bureau, dans le pot à crayons, car il y a de moins en moins de personnes qui les utilisent. La majeure partie des mots écrits se font sur ordinateur, les mots fléchés se font sur une tablette et les tâches à faire dans la journée ou la semaine sont rédigées au tableau de la cuisine, à l’aide d’un feutre Veleda. Le stylo n’est plus un esclave, qui travaille à longueur de journée. Il ne perçoit pas d’indemnités chômage non plus, mais il faut dire qu’il n’a pas travaillé suffisamment d’heures pour cotiser. Donc, on ne peut pas dire que c’est un esclave, comme ses ancêtres. J’imagine que dans la journée, il doit passer son temps à discuter avec ses copains les ciseaux et l’agrafeuse. Enfin voilà, la vie d’un stylo en 2025 est complètement différente de la vie d’un stylo en 1980. Et attendons l’histoire que racontera le stylo de 2050 !