Résilience en pages

C’est moi Mélanie, j’ai 50 ans en 2025 et je suis rescapée d’un terrible accident de la circulation causant entre autres un traumatisme crânien grave, survenu le 3 janvier 2019.

Mon histoire je la connais seulement par ouï-dire, car ma mémoire visuelle a été effacée par mes lésions cérébrales. Je m’en suis sortie grâce à ma famille et mes thérapeutes.

J’ai pris conscience qu’il y a pire sur terre avec le réchauffement climatique et j’essaie d’agir pour notre futur.

Consigne: À l’abri du regard des autres, piochez un objet dans le sac, puis écrivez une page du journal intime de cet objet. 

Objet pioché

Cher journal, 

Aujourd’hui il fait beau, et tout le monde autour de moi a pu voir le soleil traverser mon corps. La chaleur a fait fondre les ingrédients que je contiens, et ils se sont dissous en fines lignes qui zigzaguent autour de moi. J’espère que je ne diffuse pas un parfum trop sucré, qui donnerait envie aux autres de me croquer, car je n’ai pas envie de finir écrabouillée entre les dents des enfants et disparaître à jamais. Pour me rassurer, il faudrait que je demande à quelqu’un de confiance, qui n’a pas perdu le goût et l’odorat comme moi. En attendant, je me rassure en me disant que la texture en verre ne doit pas permettre de dégager une odeur alléchante. En observant mes extrémités, je m’aperçois que j’ai dû me casser une patte, ou un bras, ou la tête. Enfin, j’ai du mal à percevoir dans quel sens j’interagis avec les gens qui m’entourent. Je peux difficilement me comparer à mes pairs, car je doute qu’ils soient, comme moi, fabriqués en verre. Pas la couleur des haricots d’Antoine, non, mais la matière des vitres d’une maison, le verre. Enfin, voilà, aujourd’hui, je suis frustrée de ne pas me souvenir comment j’ai pu casser un bout de mon corps et inquiète d’être dévorée par un humain, qui aime les sucreries. Sinon, je vais bien, je ne suis pas morte, car j’ai des idées qui me passent par la tête et je ressens des émotions. Je ne peux pas dire si c’est de la joie ou de la tristesse, mais je suis en vie, donc c’est plutôt favorable. Même si j’ai la partie d’un membre cassé, le principal est que je ne ressens aucune douleur. Donc, ce 22 juillet ensoleillé est plutôt une journée saine et avec un peu de chance, dans les prochaines heures, je vais rejoindre mes camarades dans la boîte du placard. Je découvrirai peut-être d’autres variétés plus molles que moi et moins colorées, car il faut de tout pour faire un monde. Peut-être que j’irai rejoindre une boîte différente de celle d’où je viens et qu’on me posera plein de questions sur l’endroit d’où je viens et les événements que j’ai pu vivre par le passé. Petit problème, une partie de ma tête a été cassée par le passé et j’ai perdu une partie de ma mémoire. Je risque de ne pas savoir quoi répondre. Ils vont penser que je ne suis pas intéressée et peut-être me pousser pour que je sois la première à être pêchée, lorsque les humains ouvriront à nouveau la boîte, lorsqu’ils auront une fringale. Si je pouvais décider de mes actes, dans les prochaines heures, je mettrai un masque et un tuba et je plongerai dans la piscine. En vert, je ne peux pas fondre et loin de la vue des humains, je ne peux pas être mangée. Au fond de l’eau, on peut entendre les bruits de l’extérieur de la piscine, donc je pourrais garder un contact avec l’environnement qui m’entoure. En plus, la piscine est un lieu de détente, donc favorable aux sensations de bien-être. J’espère que demain, je te raconterai une suite heureuse à ma journée d’aujourd’hui. Alors j’en profite pour laisser de la place dans le journal, pour continuer à écrire mes exploits.